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San Francisco, le visiteur et le système de transports en commun

A la découverte d’un réseau cosmopolite

À son arrivée dans la ville bigarrée de San Francisco, le visiteur de provenance lointaine est très spontanément guidé jusqu’à la sortie du complexe aéroportuaire, à laquelle l’attend une double ligne de rames qui desservent les terminaux et les principaux centres de services du San Francisco International Airport (SFO). Il est ensuite surpris par le gigantisme de l’infrastructure qui l’entoure, aux accents futuristes. La navette dans laquelle il se situe toujours, suspendue au plus haut niveau d’un véritable mille-feuilles de voies de transport, concourt fortement à cette impression. Rien d’étonnant à cette démesure : elle est à la hauteur de la très dense métropole que constitue San Francisco, qui comporte environ 744.000 habitants densément répartis sur une surface de 120 km carrés.

3 septembre 2009 - par François Thoreau

Des structures futuristes

Bien que parfaitement novice, le visiteur atterrit donc aisément à récente ligne de métro, qui relie dorénavant l’aéroport au centre-ville de San Francisco et ses différents quartiers (une distance d’environ 23 km), mais également toutes les entités urbaines incluses dans l’agglomération – Oakland, Berkeley, Richmond, au nord, et jusqu’à Millbrae, au sud. C’est donc un véritable réseau ferroviaire que propose le système BART, ce réseau de lignes de métro dont fait partie la ligne qui amène le quidam de l’aéroport à downtown |1|. L’existence de ce métro, à la fois ’immergé’ et souterrain, a de quoi surprendre. San Francisco n’est-elle pas réputée pour son instabilité tectonique et son destin sismique ? La ville a été littéralement ébranlée – à grands frais – par le terrible tremblement de terre de 1906 et, dans une moindre mesure, par celui de 1989. C’est donc à un pari risqué que se sont livré les autorités en investissant dans ce réseau qui pourtant, au vu de son succès de sa fréquentation, répond manifestement à un besoin de la population, principalement au niveau du centre-ville.
Une rame du BART

Notre voyageur parvient donc sans encombres sur Market Street, qui est une des artères principales de San Francisco, dont la particularité est d’être oblique dans un maillage de voiries qui s’intersectent à angle droit, toutes perpendiculaires les unes aux autres – la configuration standard d’une ville américaine. Après un drapeau arc-en-ciel célébrant la diversité sexuelle, comme chaque réverbère en arbore, le visiteur est surpris par la quantité de transports en commun qui s’offrent en spectacle, de gauche comme de droite ; c’est un incessant ballet de trams et de bus.

La méthode piétonnière

Le meilleur moyen de se déplacer à San Francisco reste probablement la marche à pied. Grâce à son ancrage historique unique sur la côte ouest des États-Unis, le centre urbain est conçu à l’ancienne mode, c’est-à-dire comme une zone d’activité dense. De la sorte, le visiteur peut invariablement rejoindre sa destination par de larges trottoirs, et prendre très au sérieux son rôle de piéton – notamment en s’imprégnant de l’esprit très ouvert et multiculturel de la ville, ou en appréciant ses fleurons architecturaux. Il faut savoir que cela n’est pas nécessairement le cas dans toutes les agglomérations urbaines américaines, certaines présentant la caractéristiques d’avoir été développée en tenant compte de la voiture, présentant de ce fait un étalement et des distances hors d’atteinte pour le piéton.

La pratique ponctuelle du cyclisme

Au rayon de la mobilité douce, le vélo ne fait pas vraiment partie de l’attirail du visiteur. Pourtant,la location de vélos est une activité touristique très populaire le long de la baie de San Francisco. Beaucoup de touristes en font usage pour parcourir les larges quais et traverser la zone portuaire, de l’Embarcadero au très fréquenté Fisherman’s Wharf, pour rejoindre le célèbre Golden Gate, si grand qu’un vélo n’est probablement pas superflu. Toutefois, la pratique du vélo ne s’offre au visiteur qu’à titre subsidiaire et s’avère bien trop contraignante et onéreuse, par exemple, pour un usage quotidien et utilitaire. À cet égard, un système de vélos partagés performant trouverait sans nul doute sa place dans un ville telle que San Francisco, bien que le relief très accidenté de la ville soit indubitablement un argument en défaveur d’un tel système.

Des voitures partagées

Si l’idée de partager un mode de transport personnel plaît à notre visiteur, il peut toujours se rabattre sur l’un des deux principaux systèmes de voitures partagées, ZipCar et CityCarShare ("think global, share local", selon le slogan de cette dernière compagnie) |2|. Ces derniers présentent l’avantage de résoudre la très pointilleuse question du parking à l’aide de sites de parking dédiés. Toutefois, c’est bien davantage aux riverains que s’adresse ce système qui nécessite une inscription et quelques formalités administratives. S’il se hasarde à en faire usage malgré les avertissements de tous les guides touristiques, le visiteur sera confronté à d’autres challenges, une fois sur la route : la plupart des axes sont à sens unique et abondamment fréquentés, sans compter les difficultés inhérentes aux reliefs de la ville, très accidentés.

Les célèbres cable cars

Heureusement, l’alternative est toute dessinée pour le visiteur, qui peut sans peine se rabattre, en toute fiabilité, sur l’important réseau de trams, bus électriques ou hybrides ou bateau, voire même ces fameuses ’cable cars’, ou "voitures câblées" qui font la réputation de San Francisco. Ces dernières sont une attraction extrêmement populaire, dont le fonctionnement est relativement simple. Les wagonnets sont accrochés à un câble souterrain, situé immédiatement sous la route, par l’entremise d’un point d’accroche extrêmement ferme. Celui-ci est bloqué à l’aide de plusieurs freins qui, lorsqu’ils libèrent leur emprise, permette à la voiture de se hisser, en suivant le câble, le long d’axes routiers à la déclivité très importante. La manoeuvre est délicate, en ce que le conducteur doit savamment ajuster la ’libération’ de l’attache, sans quoi la prise que celle-ci exerce sur le câble serait insuffisante. La voiture glisserait alors le long du câble jusqu’au pied de la côte, où la manoeuvre serait à recommencer. D’où la blague favorite des conducteurs de cable car : « C’est mon premier jour dans ce boulot, les gars ! ». Au total, quatre câbles permettent de desservir trois lignes, pour un total d’environ 15 km. S’il est commode de remonter une rue en pente forte à l’aide des cable cars, leur forte attractivité touristique impose le plus souvent une file d’attente et, finalement, bien peu de locaux emploient ce système.

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Une voiture câblée avant l’action
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La tâche qui attend la voiture câblée

Le tram, vers les sommets

Plus sérieusement, au-delà de l’aspect ludique des cable cars, le visiteur averti qui cherche à se déplacer utilement dans l’agglomération optera préférentiellement pour le vaste réseau de trams. Celui-ci parcourt les principaux axes de la ville et présente la particularité d’être singulièrement réussi sur un plan esthétique, notamment sur la ligne côtière. En effet, la municipalité de San Francisco a résolument inscrit certaines de ses rames de trams dans un style vintage, reproduisant à l’identique l’aspect des tramways d’époque, comme par exemple ceux qui arpentaient les rues de Philadelphie dans les années ’40, ou encore ceux qui desservaient les rues de San Diego. L’aspect esthétique ne fait qu’adjoindre un supplément d’attractivité à un système global qui, par ailleurs, n’en manque pas.
Un tram {vintage}

En effet, les trams permettent de rejoindre très facilement les différents quartiers de la ville, marqués chacun par une identité forte : l’Embarcadero et le Fisherman’s Wharf sur la côte, Chinatown ou Japantown au registre asiatique, l’aire du Civic Center, le Financial district et le quartier commercial d’Union Square, les quartiers alternatifs du Haight-Ashbury, sur fond d’ambiance hippie, ou du Castro, domaine de prédilection du mouvement LGBT |3|, voire enfin les poumons de la ville, le Golden Gate Park, le Presidio ou la North Beach. Les trams permettent notablement de gravir des pentes importantes ; c’est un pré-requis absolu pour tout type de transport dans les rues pentues de San Francisco.
Croisement d'un tram dans une rue pentue

Le bus, électrique ou hybride, à votre meilleure convenance

Au-delà de ces dessertes qui servent de colonne vertébrale à la structure de transport en commun, le visiteur peut également apprécier la facilité du réseau de bus, qui s’inscrit à titre subsidiaire dans le paysage tracé par les lignes de trams. Les rues de San Francisco sont célèbres pour les multiples câbles qui traversent les routes à hauteur de corniche, un peu partout. À son grand étonnement, le visiteur découvre que ces câbles servent notamment à pourvoir en électricité, outre les ménages, des bus entièrement électriques – qui se vantent par ailleurs de n’émettre aucun gaz à effet de serre. Ces bus sont aussi parfaitement performants que n’importe quel autre bus, tel qu’on en trouve par-delà les agglomérations européennes. Lorsque le maillage câblé ne le permet pas, certaines lignes de bus prennent alors le relais, dotées d’un moteur à explosion classique. En ce cas, toutefois, ce sont toujours des véhicules hybrides qui sont proposés. Autrement dit, sur le plan énergétique, qu’il s’agisse des cable cars, du tram ou des bus, le réseau fonctionne très majoritairement à l’aide de l’énergie électrique plutôt que fossile. Ce qui étonne probablement notre visiteur est le caractère relativement vétuste du réseau, qui ne laisse en rien présager des solutions énergétiques que celui-ci met en place. Les bus et trams sont manifestement loin d’être flambant neufs et situés à la pointe de l’innovation technologique : ils ont simplement embrassé, sans plus de difficultés, les techniques les moins énergivores disponibles, au moment de leur mise en fonction.

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Un bus électrique

Une gestion publique, garante de tarifs (très) abordables

Le système de transports en commun est géré par une société de service public, la San Francisco Municipal Railway, plus connue sous son diminutif Muni |4|. Cette compagnie gère le transport en commun sous ses diverses formes, des trams aux bus. Jusqu’à présent, elle est parvenue à maintenir l’offre tarifaire à un niveau plancher. Sans préjudice des formules d’abonnement axées vers les résidents de San Francisco, la Muni offre aux visiteurs un Muni pass, qui permet d’emprunter sans restriction n’importe lequel des systèmes proposés par elle, à des tarifs dégressifs en fonction de la durée. Par exemple, l’abonnement hebdomadaire est proposé au prix de 24 $, soit 17 €. À condition de ne pas arpenter les rues de manière pédestre, plus que de raison, notre visiteur peut trouver là un deal avantageux. Plus génériquement, le trajet simple est proposé pour un montant de 1,50 $, qui correspond au taux de change actuel à 1 €. En raison de la fragilité permanente du dollar sur les marchés financiers internationaux, la Muni est cependant contrainte d’adapter son offre tarifaire à la hausse, à partir du premier juillet 2009, augmentant ainsi le tarif du trajet simple à 2 $ (soit, 1,4 €).

Bref, notre visiteur reprend le métro BART, sur le chemin du retour vers le SFO, le coeur réjoui. Pas une seule fois le réseau de transports en commun n’a été pris en défaut. À quelque moment qu’il ait voulu l’emprunter, il a toujours trouvé, dans la plus grande facilité, le tram ou le bus qui le mènerait à bon port. Ces trams qui gravissent sans peine d’importantes côtes inspirent ce visiteur, qui se surprend à souhaiter que, dans un futur idéal, toutes les villes pentues s’en trouvent équipées itou. Il se dit que San Francisco, capitale de la diversité sous toutes ses formes, parangon d’écologie, ville ouverte et cosmopolite, a décidément le système de transports en commun qu’elle mérite.

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