Édition francophoneVoyages • nature • économie
Histoire

Bressoux : vies et mort d’une gare de banlieue

5 août 2026 · Mathieu Francescox

Ancienne gare de Bressoux avec ses quais, ses voies et ses signaux ferroviaires

À l’est de Liège, la gare de Bressoux paraît aujourd’hui modeste. Son histoire raconte pourtant l’essor du chemin de fer dans la Basse-Meuse, l’industrie liégeoise, les départs en vacances vers le Midi et le recul progressif des services ferroviaires de proximité.

Photographie : carte postale de la gare de Bressoux, auteur inconnu, domaine public — Wikimedia Commons.

Une gare sur l’ancienne ligne de Maastricht

L’histoire ferroviaire de Bressoux commence avec la ligne reliant Liège-Longdoz à Maastricht, ouverte en 1861. Son tracé suit la vallée et dessert progressivement Jupille, Wandre, Cheratte, Argenteau, Visé et les localités néerlandaises situées avant Maastricht. La ligne, d’abord exploitée par une compagnie privée, est reprise par l’État belge à la fin du XIXe siècle.

Avant qu’une véritable gare ne s’y installe, Bressoux dispose d’une halte appelée Trou Louette, située près du passage à niveau du même nom. Les sources historiques placent son remplacement par un premier bâtiment de gare au début du XXe siècle, généralement autour de 1909. Ce bâtiment, de plan simple et sans logement de fonction, accompagne l’urbanisation du quartier et l’augmentation des déplacements dans la vallée.

La ligne avait déjà servi de laboratoire à une forme de desserte locale très fine. À partir de 1884, des convois légers surnommés « trains-tramways » relient Liège-Longdoz et Visé. Ils desservent stations, haltes et plusieurs points d’arrêt aménagés près des passages à niveau. Sans être un réseau express régional au sens contemporain, ce service préfigure une logique de mobilité de proximité à arrêts rapprochés.

Trois bâtiments pour trois époques

Le premier édifice cède la place, vers 1929-1930, à une seconde gare associant notamment colombages et surfaces vitrées. Elle est construite dans le contexte de l’Exposition internationale organisée à Liège en 1930. Présentée comme démontable et susceptible d’être réemployée, elle demeure finalement à Bressoux pendant plus de quarante ans.

Un troisième bâtiment est élevé en 1973-1974. Il adopte le principe de la « gare-parapluie » : un vaste auvent réunit sous une même couverture les fonctions d’accueil et le premier quai. Cette architecture fonctionnelle, comparable à celle employée dans plusieurs gares belges de l’époque, correspond à une période où Bressoux assure encore des services voyageurs particuliers, notamment liés aux trains auto-couchettes.

Après la fermeture des installations d’accueil, ce dernier bâtiment reste vide et se dégrade. La documentation photographique spécialisée situe sa démolition au début de 2014. Le point d’arrêt subsiste, mais l’image familière d’une gare avec guichet, salle d’attente et café appartient désormais au passé.

Du faisceau de garage à la gare de triage

Bressoux n’a pas seulement transporté des voyageurs. Durant la Première Guerre mondiale, ses installations sont agrandies avec des voies de garage. Dans l’entre-deux-guerres, sa position dans le prolongement de l’axe de Montzen et de Visé lui donne un rôle croissant pour le trafic de marchandises. En 1924, le site est transformé en gare de triage et contribue à soulager les installations de Kinkempois.

À l’époque de la vapeur, Bressoux reçoit également un mélangeur à charbon destiné à préparer le combustible de plusieurs dépôts. La gare est reliée à l’économie locale : installations énergétiques, marché de Droixhe, entreprises de la ligne 40, port de Monsin et, plus tard, complexe sidérurgique de Chertal. Les faisceaux ferroviaires s’étendent très au-delà des seuls quais voyageurs.

La Seconde Guerre mondiale renforce temporairement cette fonction logistique. Après les destructions qui touchent les infrastructures liégeoises, Bressoux sert d’appui au trafic régional. Les installations accueillent aussi, à la fin de la guerre et dans l’immédiat après-guerre, des activités de ravitaillement alliées. Ces usages expliquent l’ampleur longtemps visible de l’emprise ferroviaire autour du quartier.

Le temps des trains auto-couchettes

Pour de nombreux Liégeois, le souvenir le plus vif reste celui des trains auto-couchettes. Le principe permet aux voyageurs de faire charger leur voiture sur un wagon spécialisé, puis de voyager de nuit dans une voiture-lits ou une voiture-couchettes. Bressoux, proche des grands axes routiers et disposant d’un espace ferroviaire important, devient un site adapté à ces opérations.

Le premier service Amsterdam–Avignon fait étape à Bressoux en 1960. La gare devient ensuite un point de départ vers le sud de la France, notamment vers Narbonne et Saint-Raphaël. Pendant les départs estivaux, quais et installations de chargement transforment le quartier en porte d’entrée des vacances. Le service associe longue distance ferroviaire et automobile individuelle, évitant aux conducteurs une partie du trajet routier.

Les derniers trains auto-couchettes quittent Bressoux en 2003. Leur suppression marque la fin d’une activité qui avait justifié une partie des équipements construits dans les années 1970. Deux ans plus tard, la SNCB ferme le bâtiment au public et Bressoux devient un simple point d’arrêt.

Une infrastructure réduite, un corridor toujours actif

Le déclin des services locaux de marchandises et la réorganisation du réseau ont réduit le rôle de Bressoux, sans faire disparaître le chemin de fer. La ligne 40 demeure un axe entre Liège, Visé et Maastricht, tandis que les raccordements de la région liégeoise continuent d’inscrire le site dans un corridor ferroviaire plus large.

Cette différence entre l’importance de l’infrastructure et la modestie du service visible résume le paradoxe de Bressoux. Le quartier conserve des voies et une position stratégique, mais a perdu le bâtiment qui matérialisait la présence ferroviaire. La question n’est donc pas seulement patrimoniale : elle renvoie à la place que les dessertes de banlieue peuvent occuper dans les déplacements quotidiens autour de Liège.

Repères chronologiques

  • 1861 : ouverture de la ligne Liège-Longdoz–Maastricht.
  • 1884 : mise en circulation de trains omnibus légers, dits « trains-tramways ».
  • Vers 1909 : la halte du Trou Louette laisse place à une première gare.
  • 1924 : développement de Bressoux comme gare de triage.
  • Vers 1930 : construction du deuxième bâtiment voyageurs.
  • 1960 : passage du premier auto-couchettes Amsterdam–Avignon.
  • 1973-1974 : construction de la troisième gare, de type « parapluie ».
  • 2003 : fin des trains auto-couchettes.
  • 2005 : fermeture du bâtiment voyageurs.
  • 2014 : démolition du dernier bâtiment de gare.

Sources et prolongements